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Aujourd’hui, je voudrais que ma fille n’ait pas une vie d’enfant unique.
Comme elle aurait du plaisir à partager son quotidien avec un autre enfant. J’imagine souvent, avec émotions, une autre petite tête frisée à côté de la sienne.  Je la vois essayer de montrer à un tout-petit où trouver les biscuits dans l’armoire.  Je l’entends jusqu’ici jouer à la petite maman en imitant mon ton de reproche.


Elle aurait été une merveilleuse grande sœur. Je n’ai aucun doute là-dessus. Elle aurait été curieuse et fière d’être la plus GRANDE. Elle aurait eu un allié dans la cour d’école. Et en plus, avoir un frère ou sœur augmente les probabilités d’avoir, toute sa vie, une personne spéciale avec qui partager les grandes émotions de la vie.


J’ai eu la chance de grandir avec un grand frère. Bien que nous ayons 4 ans d’écart, j’ai des tonnes de souvenirs de notre enfance quoiqu’il puisse en penser, je me souviens de bien plus que les disputes pour la télécommande ou de nos courses pour être le premier à répondre au téléphone.  Et le meilleur, c’est qu’il est encore là près de moi. Quand ça va et quand ça ne va pas. Fidèle à son clan, mon frère est unique et précieux.


Pourtant, moi, moi qui aime tant mon frère et qui ne peux imaginer la vie sans lui, j’ai choisi de ne pas tout faire pour offrir cette chance à ma fille. Je l’ai fait. Quand j’y pense un peu trop longuement, j’ai envie de lui demander pardon.


Prendre la décision émotive, de ne pas avoir d’autre enfant après le décès d’Olivier a été un le fruit d’une longue réflexion Pour moi comme pour mon amoureux, ce qui a pesé le plus lourd dans la balance a été le bonheur de notre fille.  Lui offrir une enfance insouciante, joyeuse et douce était la priorité.


Le deuil de notre fils a été terrible, il a révélé en moi une faille que je ne soupçonnais pas. Dépasser le traumatisme pour retrouver l’équilibre a demandé à toute la famille de se mettre de côté pendant une très longue période.  Prendre le pari de vivre une nouvelle grossesse voulait dire remettre en jeu cet équilibre encore fragile.  Le risque était trop grand pour nous, les probabilités que le bonheur se trouve au bout de la route étaient si minces que ça en était terrifiant. Nous avons donc fait le choix de construire notre foyer à partir de notre petit trio. On a décidé que le bonheur était juste là, qu’il était inutile de le chercher ailleurs.


Malgré cette apparente sagesse, je me suis torturée de culpabilité pendant des nuits entières en anticipant toutes les fois où elle me poserait LA question. J’ai ressenti, à l’avance, tout le désarroi qui accompagnerait, inexorablement, ma réponse.  « Non ma chérie, tu ne seras jamais une grande sœur! »
Dans la vraie vie, ça a été encore plus éprouvant que ce que j’avais cru. J’avais omis d’imaginer que cette question – récurrente s’il en est – venait avec deux grands yeux noirs plantés dans les miens avec la petite étincelle d’espoir naïf propre aux enfants.


J’aurais aimé lui offrir la famille dont nous avions rêvé. Vraiment, c’est ce que j’aurais aimé. Mais, je suis persuadée qu’en fait, une autre grossesse l’aurait privée de la famille qu’elle a aujourd’hui : un papa et une maman qui s’aiment et qui l’aiment de tout l’amour du monde.


Les années passent et je vis de mieux en mieux avec ce [non]choix.  Au moment où on l’a prise, c’était vraiment la seule décision réaliste possible. Faire autrement aurait, j’en suis persuadée, mis en péril notre famille.


Ma grande a 7 ans maintenant. Je devrais dire, ma grande a déjà 7 ans! Dans son petit baluchon de fillette enjouée et curieuse, elle porte mille souvenirs, mille odeurs, mille bisous.  Elle grandit tellement doucement que je ne m’en rends pas compte tout de suite.  Puis, un petit jeudi soir d’été, elle plonge ses grands yeux magiques dans les miens pour me raconter un bout de sa journée et là ça me saute au visage : elle a TELLEMENT changé.


Elle nous parle de son frère très souvent, il fait partie de sa vie comme de la nôtre.  Évidemment, LA question revient encore régulièrement. Aussi souvent qu’il m’arrive de penser à ce qu’aurait dû être notre famille, à cet enfant, mon Olivier.


Non ma chérie, tu ne seras jamais une grande sœur…