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The lion sleeps tonight by the Token

In the jungle, the mighty jungle

The lion sleeps tonight

In the jungle, the quiet jungle

The lion sleeps tonight

Wimoweh, wimoweh, …

 

Je suis une porteuse d’espoir. Je fais partie de celles qui ont entrepris une nouvelle grossesse suite au décès de leur enfant. À 20 semaines de grossesse, j’ai débuté des cours de yoga prénatal, question de préparer mon corps à la venue de bébé, mais aussi d’apprendre à gérer mon anxiété.

 

Parce qu’elle est bien présente la maudite anxiété. Du levé du jour à la tombée de la nuit, chacun de mes gestes et tous les non gestes du bébé peuvent entraîner le déclenchement d’une forte anxiété aussi irrationnelle qu’elle puisse être, me ramenant toujours au pire des scénarios qui puisse exister…la mort de mon enfant. Peut-être me direz-vous qu’il faut avoir vécu le décès de son enfant pour penser à un tel scénario catastrophe. Pourtant, très peu de personnes ont vécu un écrasement d’avion et beaucoup ont peur qu’un tel événement survienne lorsqu’ils embarquent à bord. Alors, pourquoi les futures mamans ne se sentent-elles pas interpellées par le deuil périnatal alors que ce tragique événement touche une famille sur quatre?

 

À mon premier cours de yoga prénatal, nous devions toutes nous présenter. Les bedaines plus volumineuses les unes que les autres précédaient des mamans qui malgré la joie d’attendre un enfant, mettaient l’emphase sur les éléments négatifs que pouvaient générer la maternité (manque de sommeil, mal de dos,  nerf sciatique douloureux, etc.). Pauvres elles. C’est vrai que la maternité apporte son lot de facteurs désagréables, mais si elles savaient…

 

Elles l’ont su. Lorsque mon tour est arrivé, je les ai informée d’emblée, que j’en étais à ma deuxième grossesse. Que malgré tout le bonheur du monde que j’éprouvais à porter ma petite merveille, j’avais vécu quelque mois auparavant le décès de mon fils Gabriel à cinq semaines de la date prévue d’accouchement. Silence de mort. L’inconfort a pris la place. Terminés les maux de dos, oubliés le nerf sciatique et le manque de sommeil, la pire des réalités liées à la maternité leur était présentée, la mort. Je suis devenue moi aussi inconfortable.

 

Je voulais qu’elles sachent. Je voulais qu’elles comprennent que chaque instant passé à porter son enfant est un véritable cadeau de la vie et que malheureusement le pire peut arriver sans qu’on l’ait vu venir. Malgré la sympathie que je pouvais déceler sur le visage des mamans, les nombreuses mains qui s’agitaient sur les bedaines me rappelaient que la maternité était quelque chose de beau et qu’on parlait ici de vie et non de mort. Je me suis sentie obligée de les rassurer en leur disant que la cause du décès de mon fils touche une grossesse sur mille et que maintenant, portant mon bébé espoir,  je comptais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que ma grossesse se déroule le plus normalement possible. Hakuna matata! On change de sujet!

Suite à ce premier cours, j’ai été forcée d’admettre que ma réalité ne cadrait pas dans la leur. Je ne pourrai plus être celle que j’étais et vivre dans la même réalité qu’elles.

 

Hakuna matata c’est du bluff. La mort (notamment celle de mon fils) hante ma deuxième grossesse. Elle est l’équivalent du lion sauvage qui dort dans la paisible jungle (comme dans la chanson des Token). Le lion qui peut se réveiller n’importe quand et tout faire basculer. Cette mort dont on connaît l’existence et dont on ne veut pas parler.

 

Les cours de yoga prénatal qui ont suivi m’ont fait comprendre que ces mamans-là, malgré le fait qu’elles savent qu’un décès périnatal peut survenir n’importe quand, ne veulent pas en entendre parler. C’est trop douloureux. Aucune d’elles n’est venue me parler ou a tenté une approche pour comprendre comment une telle situation a pu arriver, comment on parvient à survivre à la mort de son enfant et surtout comment on reprend goût à la vie. Elles préfèrent jouer à l’autruche en se préservant des détails et des statistiques de cette triste réalité.

Je respecte leur choix. Toutefois, pour ma part, je suis résolument décidée à ne pas cacher ma réalité et à parler aussi souvent que je le désire de mon fils Gabriel, mon premier enfant mort dans mon ventre. Alors, à chaque cours de yoga, lorsque c’est à moi de parler, je leur raconte le bonheur que j’ai à sentir ma petite fille Alice bouger dans mon ventre, du stress que j’ai à chaque rendez-vous médical et de l’ange Gabriel que j’ai mis au monde et qui habite mon cœur ainsi que mon esprit tous les jours à défaut de notre maison.

 

Je suis fière d’être une maman. C’est de loin, la plus belle chose que j’aie réalisé à ce jour. Une maman se doit de s’occuper de ses enfants. Pour moi, la meilleure façon de prendre soin de Gabriel, c’est de lui donner la place qui lui revient dans ma vie et de parler de lui quand je le désire afin qu’il soit toujours présent parmi nous. Gabriel, tu seras à jamais mon premier enfant et mon petit garçon.

 

Je vous souhaite d’en faire autant!

Maude la maman de Gabriel et Alice

 

Dynamique, enjouée et fonceuse, Maude ne passe pas inaperçue du haut de ses presque 5 pieds. Jadis bourreau de travail, œuvrant dans les communications et le marketing, elle a décidé de donner un nouveau sens à sa vie en fondant une famille avec son amoureux. Si cette amoureuse du 7e art n’a jamais vue son ombre à l’écran, elle est parvenue à décrocher le plus grand rôle de sa vie : devenir maman. Maman orpheline de Gabriel, son premier enfant décédé in utero à 34 semaines de grossesse et maman dévouée à sa petite merveille, Alice, maintenant née à l’été 2015, elle et son amoureux sont fiers d’être les parents de ces deux combattants qui chacun à leur façon ont bouleversé positivement leur vie. En effet, un enfant, ça change une vie…
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