Lorsque le deuil fait place à l’amitié

Nous sommes toutes présentes, verre de vin à la main, sourire aux lèvres, à profiter de ce week-end sans enfants que nous nous sommes permis. Nous sommes là, à nous raconter nos histoires, réécrire le monde, parler de nos quotidiens de maman, chanter à tue-tête le dernier hit de l’heure, mais sans jamais oublier ce qui nous a unies à jamais. Ce soir, lorsque le prénom d’Alex, d’Érika, de Loïk, de Lucas, de Maëlie, de Malik, de Mikaelle, de Naomie ou de Théo sera prononcé… il n’y aura aucun malaise et personne ne retiendra son souffle en se demandant quoi dire… parce que l’histoire, on la connaît, on la ressent, on l’a toutes vécue.

Lorsqu’on nous regarde, lorsqu’on regarde notre amitié, notre bonheur d’être ensemble, on ne pourrait jamais croire ce qui a mené nos chemins à se croiser. Nous nous sommes rencontrées dans un café-causerie organisé par Parents Orphelins, un groupe de soutien de notre région, par l’entremise du bénévolat ou encore dans le cadre d’une activité thématique visant à rassembler et briser l’isolement que nous vivions après avoir vécu l’exception… le décès de notre enfant.

Ce chemin que nous avons été forcé d’emprunter, peu de gens le connaissent… et encore moins le comprennent. Mais lorsqu’on se retrouve ensemble, l’histoire est différente parce qu’elle ne demande pas d’explication. On a cette liberté de pleurer un passé sans avenir et de rire de choses qui ne font rire personne d’autre que des parents orphelins. En fait, on se donne ce droit sans se demander ce que les autres vont penser. On est tout simplement nous, ces mamans avec un bagage de vie un peu différent que la souffrance a unie. Mais au-delà du deuil, nous sommes plus que ça…

Bien qu’il y ait cette absence qui demeure et cette peine qui reste en nous, il y a ce lien qui a pris racine et qui continue de grandir. Le deuil est à l’origine de notre rencontre, mais celui-ci a fait place à quelque chose d’encore plus grand… l’amitié avec “un grand A”. Cette amitié sincère qui perdure à travers le temps même si la tempête a désormais fait place au calme. Cette amitié qui s’est transformée et qui continue de s’épanouir. Plusieurs années plus tard, nous sommes toujours là à nous réunir, simplement pour le bonheur d’être ensemble, et à se dire que cette amitié que nous avons reçu en héritage n’aurait jamais brillé sans le passage de ces neufs petites étoiles dans nos vies.

 

Geneviève et Mélanie, ce sont les filles d’à côté qui ont une histoire bien à elles. Blogueuses fondatrices de Je suis personne, elles abordent, avec leurs couleurs et leurs bagages, différents éléments entourant leurs vies de tous les jours. Ayant toutes deux vécu le deuil périnatal, c’est grâce à Parents Orphelins que leur amitié a pris naissance. D’abord bénévoles actives pendant plusieurs années puis membres du conseil d’administration, c’est aujourd’hui à travers l’écriture qu’elles souhaitent toucher le cœur des parents orphelins mais aussi sensibiliser la population à la triste réalité du deuil périnatal.
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