Je suis une mère

Pâques 2018 – Nous attendions impatiemment la venue de notre premier bébé, prévue d’une journée à l’autre. Tout était prêt dans la maison pour l’arrivée de notre petit bout de chou, mais la vie nous préparait une bien mauvaise surprise : le cœur de notre petit garçon avait soudainement arrêté de battre. Jamais je n’aurais cru que les petits coups que je sentais la veille seraient les derniers.

Cette année-là, la Fête des Mères fut particulièrement éprouvante pour moi. Un peu plus d’un mois après avoir accouché de mon bébé mort-né, la blessure était encore très vive. On m’avait prévenue que ce serait un moment pénible, mais jamais je n’aurais pu imaginer à quel point.

Cela a probablement été l’une des journées les plus difficiles de ma vie.

Heureusement, ma famille et mes proches étaient avec moi. Par contre, je trouvais très pénible d’accepter leur reconnaissance comme j’avais beaucoup de difficulté à me percevoir moi-même comme une mère. Est-ce que je méritais vraiment qu’on me souhaite une bonne Fête des Mères? Est-ce que j’étais vraiment une mère ou est-ce que mes proches disaient simplement cela pour être gentils?

Après la mort de mon garçon, je sentais que mon identité avait évoluée. Je sentais également une grande ambivalence par rapport à mon identité de mère. C’était quoi au juste être une mère? Pour moi, une mère devait prendre soin de son enfant et l’accompagner dans son développement, mais je n’aurais jamais la chance de faire cela avec mon petit ange.

C’est alors qu’une personne a réussi à m’éclairer en me posant la question suivante : « Est-ce que ton garçon a existé? ». Ma réponse fut très claire : « Oui, bien sûr qu’il a existé! Je l’ai porté pendant 39 semaines, j’ai accouché de lui, je l’ai pris dans mes bras, je lui ai parlé et avec son papa nous avons même transporté son petit cercueil lors de ses funérailles ». Alors, on m’a répondu : « Si ton garçon a existé, il a vraisemblablement une mère. Cette mère, ça ne peut être que toi ».

Ce raisonnement, aussi simple soit-il, m’a beaucoup aidée à accepter ma nouvelle identité de mère.

J’étais une mère aux bras vides, certes, mais avec un cœur rempli d’amour. Un amour qui ne sera tristement jamais donné de la manière dont je l’imaginais, mais qui est tout de même un amour maternel. Cela m’a permis de comprendre que j’avais le droit, moi aussi, d’accueillir les bons mots de mes proches durant la Fête des Mères.

L’année suivante, la Fête des Mères ne fut pas aussi triste pour moi.

La blessure commençant à cicatriser, je suis allée voir mon garçon au cimetière et ça m’a fait du bien. Je ne peux pas dire que la journée a été une heureuse célébration, loin de là, mais j’ai pu accueillir l’événement avec plus de sérénité. J’étais enceinte de mon deuxième enfant et à l’intérieur de moi bouillonnait tout un cocktail d’émotions : la tristesse d’avoir perdu mon premier fils, l’espoir d’accueillir un nouvel enfant et la peur de perdre à nouveau l’enfant que je portais en moi.

J’ai maintenant un adorable petit garçon de six mois à la maison. La fête des mères approche à grands pas et je pensais que cette journée serait enfin moins lourde et plus heureuse, mais je ressens toujours la tristesse d’avoir perdu mon premier fils. Mon seul désir pour la Fête des Mères est d’aller au cimetière pour passer un peu de temps avec lui. Je veux lui dire que je l’aime et que je serai toujours sa mère. Même si son frère occupe maintenant une grande place dans ma vie, il aura toujours sa propre place dans mon cœur de mère.

Je t’aime Olivier.

1 commentaire
  • Johanne
    REPONDRE

    Peu importe l’âge de notre enfant à son décès, le mien avait 38 ans, ce n’est pas dans l’ordre des choses que les enfants partent avant les parents. Une seule chose est définitive, nous sommes mères et le restons avec l’amour dans le coeur et l’espoir que son destinataire le ressente d’oû il est.

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