À toi mon enfant bien vivant 

Mon bel amour… je m’excuse que tu aies à vivre les dommages collatéraux de mes deuils périnataux. Deuils périnataux au pluriel, car malheureusement il ne faut pas croire qu’on soit épargné après avoir eu à vivre cette épreuve une fois. Live can be a bitch sometimes!

Les décès périnataux affectent, en plus des parents, la fratrie de ces petits cocos ou cocottes partis en voyage en solitaire. Du moins, ce fût le cas pour mon enfant, lui débordant de vie, mais ébranlé à maintes reprises par le décès de ses frères et sœurs.

Je me souviens entendre cette phrase,  malheureusement trop souvent, suite à la perte de mes enfants; Au moins tu en as un!!! Ou encore; Tu dois être forte pour ton garçon, pense à lui.

Au moment aigu de mon deuil, j’aurais pu mordre en entendant ces phrases. Ne vous inquiétez pas, j’ai su inhiber mes désirs! Aujourd’hui, je peux dire qu’effectivement, je suis extrêmement chanceuse d’avoir un enfant physiquement présent avec moi. En effet, après 4 bébés partis trop vite, j’ai compris que la maternité ou la parentalité n’étaient pas un droit, mais une chance. Je parle ici de la maternité ou parentalité au quotidien, car je suis de celle qui considère qu’à partir du moment où on obtient un test de grossesse positif on acquière le titre de parents.

Vivre un deuil périnatal lorsqu’on a déjà un enfant a ses défis, et ce malgré que cet enfant demeure notre raison de vivre. Du moins ce fut le cas pour moi, car la généralisation ne s’applique pas dans le deuil. Il y a autant de cheminement du deuil qu’il y a d’individus, de famille et d’histoires.

Cet enfant a dû côtoyer une mère physiquement présente, mais ô combien affectivement préoccupée par son deuil. Cette maman au regard vide et au visage sombre. Il a fait face aux sautes d’humeur de sa maman qui était pourtant si joyeuse auparavant. Elle qui s’impatientait maintenant pour un rien. Il a dû aussi accepter que sa maman trouvait souvent refuge dans la chaleur de son lit, où elle laissait couler les larmes à flot. Elle avait de la difficulté à prendre soin d’elle et tentait de regrouper toutes les miettes d’énergie et de volonté pour répondre aux besoins de son enfant. Cet enfant qui devait comprendre que toutes les émotions de sa maman n’étaient aucunement à cause de lui, qu’il n’avait rien fait de mal et que tout cela n’était aucunement de sa faute. Il devait aussi réaliser que du haut de ces trois pommes il ne pouvait pas porter la guérison de sa maman sur ces épaules. Et oui, à 4 ans, ce merveilleux garçon qu’est le mien avait su trouver à sa manière une façon de panser ma peine. Il disait à tous et chacun qu’il avait un bébé dans son ventre qui ne partirait jamais et que sa maman serait alors heureuse pour toujours. A travers mon deuil, il a alors fallu se préoccuper de cet élan de bonté de mon petit garçon qui était prêt à tout pour voir sa maman heureuse et revivre. Maintes conversations sur la mort, sur la peine, sur le cheminement vers « le apprendre à vivre avec » et sur la responsabilité de chacun dans ce processus de guérison. Tout cela dans un langage accessible à une petite tête et cœur d’enfant.

Aujourd’hui, je vais mieux. Il persiste ce sentiment d’échec de ne pas avoir été en mesure d’offrir un partenaire de jeux quotidien à mon enfant. Cela me brise le cœur lorsqu’il me demande encore si un jour il aura un frère ou sœur vivant. Ou encore lorsqu’il réalise que ces propos m’attristent et qu’il se corrige en disant qu’il est chanceux parce que son grand frère est son doudou et sa petite sœur est Minoune, sa chatte. Cet enfant est d’une résilience et d’une empathie qui me déroutent.

A toi mon garçon, bien vivant, je te remercie d’avoir partager mon chemin du deuil. Tu as su à maintes reprises me faire sourire, rire et surtout réaliser que malgré toute ma malchance d’avoir perdu 4 enfants, je suis fondamentalement choyée et chanceuse de t’avoir auprès de moi.

Ce voyage qu’est le deuil périnatal en est un non désiré, mais il fait partie de notre histoire familiale et c’est ensemble que nous avons voyagé à travers cette tempête tumultueuse. J’espère qu’un jour tu comprendras mon coco que maman a fait de son mieux, avec les ressources internes dont je disposais à ce moment pour me remettre sur pied et avancer.

Je t’aime mon grand

Julie, maman orpheline de bébé 1, bébé 2, Jacob et Eli et maman de Jeremy, 5 ans

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